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Damien Hirst, l'art et la mode

Crânes sertis, papillons épinglés, requin en suspension : depuis trente ans, Damien Hirst fait de la mort un accessoire de désir. Des foulards McQueen aux doudounes Supreme, portrait de l'artiste britannique qui a toujours habillé la vanité avec élégance.

Le punk de Leeds


Tout commence loin des défilés. Né à Bristol en 1965, Hirst grandit à Leeds, élevé par sa mère. Adolescent, il arbore le look punk : pantalons bondage, disques des Sex Pistols. La légende familiale raconte que sa mère découpa les pantalons et fit fondre un vinyle pour en faire une coupe à fruits. Le premier geste de styliste de l'histoire Hirst, en somme.


À Goldsmiths, à Londres, il révèle un talent rare chez un étudiant : le sens du casting. En juillet 1988, il organise Freeze dans un entrepôt désaffecté des Docklands et y fait venir Charles Saatchi. Hirst n'y expose que des cartons peints. Mais il a compris l'essentiel : un vernissage se pense comme un défilé, avec un lieu, une liste d'invités et un coup d'éclat.
En 1991, Saatchi lui offre de financer ce qu'il voudra. Hirst choisit un requin-tigre de quatre mètres, plongé dans une vitrine de formol. L'animal coûte 6 000 livres ; l'œuvre sera revendue environ 8 millions de dollars en 2004. Turner Prize en 1995, scandale de l'exposition Sensation en 1997 : Hirst devient le visage des Young British Artists, cette bande qui fait de Londres la capitale cool des années 1990.Puis vient l'objet ultime. En 2007, For the Love of God réunit un crâne en platine et 8 601 diamants, pour un prix affiché de 50 millions de livres. C'est une vanité du XVIIe siècle passée chez le joaillier, le memento mori devenu bijou. En septembre 2008, Hirst vend 218 œuvres directement chez Sotheby's pour 111 millions de livres, sans passer par ses galeries. Les marchés s'effondrent ; lui triomphe.
S'il fallait ne retenir qu'une rencontre, ce serait celle avec Alexander McQueen. Deux enfants terribles britanniques, deux obsédés de la beauté macabre. Le crâne est leur langue commune.

En novembre 2013, la maison célèbre les dix ans de son foulard tête de mort, apparu dans la collection Iréré en 2003. Elle confie l'anniversaire à Hirst, qui signe trente foulards uniques. De loin, on reconnaît le crâne McQueen. De près, il se décompose en une myriade d'insectes, tirés de ses Entomology Paintings. Le photographe Sølve Sundsbø tourne le film de lancement.
Le résultat a la précision d'un cabinet de curiosités et la légèreté d'un carré de soie. La vanité se noue désormais autour du cou.

Hirst parle aussi le langage de la rue. Dès 2009, Supreme imprime ses pois et ses requins sur des planches de skate, qui deviennent aussitôt des objets de collection. En 2010, ses papillons, tirés de l'œuvre All You Need Is Love, recouvrent une Chuck Taylor montante de Converse pour la gamme (PRODUCT)RED. Prix : 100 dollars. Porter du Hirst devient à la portée de tous.

Le retour chez Supreme, au printemps 2025, change d'échelle : une vraie garde-robe. Doudounes, pulls en laine, jeans de peintre, maillots de foot et casquettes portent le requin de 1991 et le mouton aux cornes d'or de Black Sheep with Golden Horns. Le zoo en formol de Hirst sort des vitrines pour s'installer sur les épaules d'une nouvelle génération.

La mode aime Hirst parce qu'il pense comme elle.


Le motif est un logo. Un pois, un papillon, un crâne : ses images signent un objet aussi sûrement qu'un monogramme. Elles se lisent en une seconde, à dix mètres, sur un trottoir comme sur Instagram.

La série est une collection. Les Spot Paintings se déclinent par centaines, comme une ligne en plusieurs coloris. L'atelier exécute, l'artiste valide : c'est le fonctionnement d'une maison de couture, avec son directeur artistique et ses premières mains.

Le luxe est un matériau. Diamants, platine, ventes record : chez Hirst, le prix fait partie de l'œuvre. Une idée que n'importe quel sac iconique comprend parfaitement.

La vanité est le sujet. Le papillon ne vit qu'un été, le crâne rappelle la fin de tout. La mode, art de l'éphémère obsédé par l'icône éternelle, ne pouvait que s'y reconnaître.

Le revers existe. En 2024, The Guardian révèle que plusieurs sculptures au formol datées des années 1990 ont été fabriquées en 2017. Son studio répond que seule compte la date de l'idée. L'argument a de quoi faire sourire les puristes, mais il résume Hirst : comme un créateur de mode, il vend d'abord un concept, réédité à l'envi.
En 2026, le MMCA de Séoul lui consacre une grande exposition, Nothing Is True But Everything Is Possible. Le titre pourrait servir de devise à toute la mode contemporaine.

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